En juin 1940, après avoir participé aux batailles de la Somme, de l'Aisne et de l'Oise, je fus fait prisonnier le 16 dans les derniers combats sur la Loire.
D'abord interné dans les fronstalag de Pitiviers, Chateauneuf sur Loire et Orléans, je fus transféré au stalag XII A à Limburg en Allemagne, je m'évadais en 1941, et seize jours après, des passeurs me faisaient franchir la ligne de démarcation au sud de Tours.
Les autorités militaires de Chateauroux auxquelles je me présentais, étant sous-officier de carrière, m'affectaient au 61e régiment d'Artillerie à la Valbonne, après une permission de trente jours.
Peu de temps après, ce régiment venait habiter à Sathonay où les structures étaient plus élaborées, et, où principalement il y avait un hôpital militaire important.
Clandestinement je faisait venir mon épouse et ma petite fille qui habitaient Chaumont dans la Haute Marne.
Nous avons d'abord été logés dans un hôtel près de la gare, puis dans un misérable deux pièces sur la route de Sathonay Village, pour élix Faure.
Nous étions au deuxième étage, à l'extrémité est. La fenêtre de la cuisine donnait sur l'avenue; une fenêtre donnait vers l'est, et une ou deux autres sur le camp.
Nous n'avions ni salle de bain, ni cabinet de toilette. C'était l'évier et une bassine en zinc qui remplissaient ces fonctions, après bien sûr avoir fait chauffer l'eau sur la cuisinière.
Une petite cave servait surtout pour le charbon qu'il fallait aller chercher au seau.
La bataille de France se terminait le 25 juin 1940. Elle avait coûté 125 000 tués, 250 000 blessés, 3700 disparus, 1 400 000 prisonniers et des dégâts considérables.
Les conditions d'armistice imposées par les Allemands étaient très dures principalement dans le fait qu'ils allaient couper la France en deux. Une zone nord soumise à une sévère occupation, et une zone sud administrée par le gouvernement du Maréchal Pétain. Ce dernier réussissait malgré tout à obtenir qu'un embryon d'armée nous soit accordée. Elle allait s'appeler l'armée d'armistice et ses effectifs ne devraient pas dépasser 100 000 hommes. Elle était destinée au maintien de l'ordre et serait dotée d'un armement léger : canon de 75, mitrailleuses, mortiers et armement individuel.
Le 61e RA fit donc partie de cette armée. Il comprenait environ 1200 hommes, 600 chevaux, 36 canons de 75, 12 mitrailleuses et l'armement pour chaque homme.
Installé d'abord à la Valbonne, il venait prendre ses quartiers à Sathonay dans le courant de l'été 41.
Les hommes de troupe étaient logés dans des petits bâtiments par chambrée de vingt six. Ils disposaient de réfectoires et d'une cantine.
Les sous-officiers célibataires avaient leurs chambres au camp et mangeaient au mess.
Les sous-officiers mariés étaient logés dans les deux grands bâtiments extérieurs.
Les officiers étaient en ville.
Quand aux chevaux, ils avaient de vastes écuries, gardées en permanences, et disposaient d'abreuvoirs extérieurs.


le camp en 1941
La vie au camp était sensiblement la même que nous avions connu avant guerre. Toutefois, le maréchal Pétain avait réintroduit certaines valeurs, et une discipline un peu plus intelligente.
Bien sûr il y avait les exercices communs à toute armée. Il y avait les manœuvres, et les longues marches d'entraînement. Mais nous n'avions pas de champ de tir à proximité. NOs devions descendre jusqu'aux environs de Nîmes, au camp des Garrigues, où nous pouvions faire des tirs réels. Cela surtout était un excellent entraînement.
A côté de ces activités une très grande place était laissée au sport. Nous avions plusieurs équipes de foot, de rudby, de basket, et nous allions souvent pratiquer la natation dans la Saône en bonne saison. De plus, tous les matins, nous étions astreints à une heure et demie de marche ou de course à pied en campagne. On découvrait une autre façon de former les hommes, délaissée avant 1939.
Mais cela n'expliquait pas tout. Cette armée d'armistice se préparait à un rôle tenu très secret. C'était une force de revanche qui certainement allait servir un jour. Et les instructions très confidentielles qui nous parvenaient de Vichy nous éclairaient parfaitement sur le sujet. Étant employé dans un bureau j'ai eu en main ces fameuses circulaires de l'amiral Darlan qui auraient rendu fou furieux Hitler, s'il les avaient connues. Pour nous c'était un réconfort et un espoir. Et lentement notre 61e RA allait prendre de l'étoffe. Discrètement ses effectifs augmentaient. Je ne saurais dire quel était le surplus au camp de Sathonay, mais on estime qu'en France non occupée les chiffres clandestins à plus de 50% de ceux autorisés. Ainsi Vichy transgressait les conditions d'armistice, mais cela ne fut jamais évoqué, car les politiques savent parfaitement occulter ce qui peut les gêner.
Il ne faut quand même pas croire que les Allemands et les Italiens se désintéressaient de nous. Il existait des commissions mixtes d'armistice. Elles avaient pour but de visiter les camps et les casernes et de vérifier périodiquement la véracité des effectifs.
Notre hantise était de les voir arriver sans prévenir, mais cela ne se produisit jamais. Au contraire, je ne sais pas quel canal, des informations nous parvenaient au moins vingt quatre heures avant une inspection. Cela nous permettait de prendre des dispositions, qui, pour nous étaient un jeu, puisqu'il s'agissait de rouler l'ennemi. un plan bien préparé tait déclenché. Le surplus en hommes, chevaux, armement allait faire mouvement dans la nuit précédent l'arrivée de la commission. Nous quittions le camp et allions nous planquer à une quinzaine de kilomètres, en forêt, et ne revenions que lorsque le "danger" était passé. Mais il fallait penser à tout, et certains habitants de Sathonay n'ont sans doute jamais compris pourquoi des militaires, au petit matin, ramassait du crottin frais dans les rues.
Dans le camp, c'était également le branle bas. Il fallait faire disparaître toute trace suspecte de chevaux dans les écuries; remettre les chambrées en état, et surtout dans les bureaux camoufler les pièces militaires individuelles qui auraient pu alerter les officiers de la commission. Cela se passa toujours très bien et chaque fois, ce fut pour nous, une victoire.
Le 61e RA ne comprenait que des engagés volontaires; des militaires de carrière; des prisonniers évadés, et des Alsaciens-Lorrains qui n'avaient pas voulu regagner leur région après l'annexion.
Notre moral n'était pas mauvais, car nous vivions dans un curieux paradoxe, étant à la fois pétainiste et gaulliste... comme beaucoup de Français! Peut être estimions nous qu'ils n'étaient pas trop de deux pour nous redonner espoir et un jour chasser l'occupant.
En 1942, les Allemands proposèrent à Laval un marché qui fut accepté de suite. Il s'agissait d'envoyer en Allemagne des ouvriers français productifs en échange de prisonniers qui seraient libérés. Bien entendu ce n'était pas un échange d'égal à égal, et les retours en d'Allemagne ne concernaient que des cas de santé, ou des hommes qui ne pouvaient être affectés à de gros travaux.
Néanmoins, ça a marché, et c'est ainsi que l'on vit revenir les premiers prisonniers ... et partir les premiers ouvriers. Plusieurs centres de rapatriement furent créés en zone non occupée, et Sathonay en fut un.
Nous étions à la veille de l'arrivée d'un convoi qui n'était pas toujours à l'heure. Un détachement était formé pour aller l'accueillir en gare, et lui rendre les honneurs. Ils était partis dans des wagons à bestiaux, mais ils revenaient dans des wagons de voyageurs. Ils étaient très fatigués car le voyage avait été long mais la joie se lisait sur ces visages amaigris.
La touche d'émotion était ma Marseillaise qui accompagnait le crissement des freins qui arrêtaient le convoi. Puis il y avait l'inévitable discours de bienvenue en même temps que la croix rouge distribuait une collation. Et ils ramassaient leurs maigres bagages pour ensuite se diriger vers l'hôpital du camp et le centre de démobilisation. Les malades ou les plus fatigués faisaient le trajet en ambulance ou en camion.
A l'hôpital, ils étaient de suite pris en charge, examinés, soignés si nécessaire, et gardés en observation pendant deux jours. Si tout allait bien on les voyait quitter le camp et se diriger vers la gare pour retrouver la vrai liberté.
8 Novembre |
Les alliés débarquent en Afrique du Nord |
11 Novembre |
Les Allemands envahissent la zone libre, et se massent sur la côte méditerranéenne |
17 Novembre |
le 61e RA reçoit l'ordre de faire mouvement. Nous nous retrouvons aux environs de Hyères. |
22 Novembre |
Ordre nous est donné de ré-embarquer pour Sathonay. |
27 Novembre |
Occupation par les Allemands du Camp de Sathonay |
Le 8 novembre 1942 les alliés débarquent au Maroc et en Algérie, en même temps que les Allemands le font en Tunisie.
Ces derniers craignant une suite rapide envahissent la zone libre dans la nuit du 11 novembre, et se portent sur les côtes de la Méditerranée.
Le maréchal Pétain proteste énergiquement auprès de Hitler qui ne prend même pas la peine de répondre.
L'amiral Darlan qui avait été envoyé en Afrique du Nord engage les forces françaises aux côtés des alliers.
C'est alors qu'un évènement tout à fait inattendu surgit le 17 novembre. Ce jour là, j'étais en train de faire, avec un camarade, une coupe de bois à côté de Rilleux lorsqu'un cycliste spécial vient nous apporter l'ordre de regagner immédiatement le camp. Le 61e RA doit faire mouvement mais les instructions ne dépassent pas le rang des officiers. Nous savons simplement que nous devons prendre toutes dispositions pour embarquer homme, chevaux et armement en gare de Sathonay. Vingt heures plus tard nous nous retrouvons à Hyères où nous débarquons. Il s'agit de prendre position sur la presqu'île de Giens, et de ce fait de prêter main forte aux Allemands et aux Italiens dont plusieurs divisions nous encadrent. Cela ne correspond pas du tout naux conditions d'armistice, et il semble que ce soit l'ultime tentative du Maréchal pour sauver l'armée d'armistice, car il savait très bien que les alliés ne pouvaient être opérationnels de suite pour un débarquement en France.
Nous aussi ne l'entendons pas ainsi, et des contacts sont pris avec la Résistance, qui prévient Alger qu'en cas d'attaque notre réaction sera molle. Deux évènements graves viennent envenimer la situation. Deux motocyclistes italiens sont jetés à la mer et on retrouve cinq soldats allemands tués à l'arme blanche. Il m'est impossible de dire qui a fait ces coups. Des médisances parlent de soldats français, mais jamais nous ne connaîtrons la vérité.
Les services de renseignement ennemis s'inquiètent de cet état d'esprit et s'aperçoivent qu'ils ne peuvent compter sur nous.
Le 22 novembre ordre nous est donné de ré-embarquer, mais toujours sans précision de destination. Nous remontons la vallée du Rhône; passons Lyon et à notre grand soulagement nous nous retrouvons en gare de Sathonay. Tous le monde fut surpris : nous d'abord; les habitants ensuite et puis bien sûr, très agréablement nos familles. Mais que cachait cette attitude des Allemands. Il faut dire que nous avions été piégés. Notre départ pour la Provence ayant été tellement rapide qu'il nous fut impossible de camoufler nos excédents. Et ce avait été vrai pour nous le fut aussi pour les autres unités. Les Allemands découvraient à leur tour qu'il avaient été roulés. Dons pas besoin de cette armée qui ne pouvait que leur causer des ennuis.... Il fallait qu'ils réagissent énergiquement, et ce qu'ils firent le 27 novembre.
Ce jour là était un vrai temps d'automne. Il faisait très frais et un léger brouillard enveloppait Sathonay. Comme tous les matins, je quittais l'appartement pour aller avec les copains faire une heure de cross. Lorsque j'ouvris la porte donnant sur l'avenue je fut tellement surpris que je ne sus quoi faire.
Juste en face, de l'autre côté de la chaussée, deux soldats allemands casqués étaient à côté d'un mortier dont la gueule était dirigé vers notre bâtiment. En même temps qu'un ordre hurlé, un geste très éloquent me faisait comprendre que je devais rejoindre le camp. Au carrefour des routes de Fontaines et de Sathonay-Village étaient en position un blindé léger armé d'une mitrailleuse, et à quelques mètres un second mortier.
Dans la cour du camp tout le monde était rassemblé : officiers, sous-officiers et hommes de troupe. La même question était sur toutes les lèvres. Que vont-il faire de nous ? Il était évident que eux aussi étaient dans l'attente. Les premières précisions nous parvenaient. Tout s'était passé dans la nuit, et dans le silence le plus complet. Vers 6 heures du matin, après avoir neutralisé le poste de l'entrée sud, ils avaient investi toutes les chambrées; fait sortir sans ménagement les hommes et entassé les armes devant chaque bâtiment. L'opération avait été bien préparée, si bien préparée que vers 9 heures, ils firent mettre de côté les officiers, puis les sous-officiers mariés. C'est ainsi que je me retrouvai encadré par deux sbires qui, sans hésiter me dirigèrent vers notre bâtiment. La surprise de mon épouse fût totale, car comme bon nombre d'habitants elle ne s'était aperçu de rien. Ils me ramenaient donc à la maison affin que je me mette en uniforme. Je les ai laissé devant la porte que j'ai refermée, et la première chose que je fis fût d'enlever mes décorations, surtout la médaille des évadés.
Je pris le temps d'avaler mon petit déjeuner que mon épouse avait préparé, ce qui impatienta les Allemands. Ils le manifestèrent à grands coups de crosse dans la porte; schnell, schnell hurlaient ils, puis lors que j'ouvris la porte et qu'une bonne odeur de café vint chatouiller leurs narines, le ton changea : café gut...gut...Ils en furent pour leurs frais car le café gut, ils ne l'ont pas goûté.
Je les suivis, laissant mon épouse désemparée, et ma petite fille de trois ans qui ne comprenait rien à ce drame. Le camp était parfaitement bouclé, mais ils nous laissait toute latitude de nous déplacer et de parler. Tout avait été neutralisé : canons, mitrailleuses, mousquetons, magasins divers étaient bien gardés. Nous ne connaissions toujours pas les intentions de l'occupant, et cela nous inquiétait. Cette incertitude était encore plus pesante pour les évadés, et les Alsaciens-Lorrains qui avaient refusé de regagner leurs régions.
Avec un camarade alsacien nous nous sommes retrouvés innocemment près de l'entrée principale. Un lieutenant allemand était là, et derrière lui dans la rue, un fort détachement de soldats casqués, l'arme au pied attendait. La conversation s'engagea et l'officier nous dis que son unité faisait mouvement et qu'il avait l'intention de passer la journée et la nuit au camp. Cette fable ne manqua pas de nous intriguer. Je crois qu'à cet instant, ils n'avaient pas d'ordre précis et peut être ne s'avaient t-ils pas quelle était leur véritable mission. Nous sommes revenus près de nos camarades, non sans remarquer que toutes les fenêtres de notre bâtiment étaient occupées par nos épouses. Vers onze heures, un officier allemand monta sur une grosse pierre, et demanda le silence, puis il s'adressa à nous en ces termes : je tiens à vous rassurer. Vous n'êtes pas considérés comme des prisonniers ... Nous attendons simplement des ordres vous concernant... Nous n'en savions pas plus et échafaudions les hypothèses les plus invraisemblables.
C'est alors qu'un officier français eut une idée logique. Il rassembla les sous-officiers alsaciens-lorrains et leur demanda d'obtenir des Allemands l'autorisation de se rendre dans leurs chambres afin de récupérer leurs affaires. La langue commune arrange bien les choses. En réalité il s'agissait de soustraire dans les bureaux les pièces militaires des évadés et Alsaciens-Lorrains. Ce qu'ils firent sans que les Allemands aient le moindre soupçon.
Midi. Toujours pas de précisions. A treize heures non plus. Cette attente devenait lancinante. Autour de nous, lentement la compagnie prenait possession du camp, et s'installait partout. Nous commencions à craindre le pire.
A 14h le même officier revint. Il remonta sur sa pierre et demanda le silence. Nous prenons définitivement possession du camp de Sathonay. Vous avez un quart d'heure pour le libérer. Passé ce délai tout homme qui sera encore dans le camp sera considéré comme prisonnier. Vous n'avez pas le d'emporter aucune affaire, même personnelle... c'est tout. Il y eut un certain soulagement mais en même temps une envie certaine et rapide de sortir de ce guêpier. Ce qui fut fait au dessous du délai imposé. Personne ne tenait à rester entre les mains de ces individus.
C'est alors que l'on vit un spectacle pitoyable dans les rues de Sathonay. Près de 1200 hommes jetés dehors, et qui ne savaient que faire. Il fallait désengorger la ville, aussi nous avons conseillé à ceux qui le pouvaient de regagner leurs foyers, en prenant le train. La gare fut avertie et il n'y eu pas de problème. La municipalité nous aida pour les autres. Les habitants aussi. Puis les ordres arrivèrent de Vichy qui fut aussi surpris que nous. Notre bau rêve s'écroulait. J'ai vu plus d'un officier et sous-officier pleurer. Ils nous le paieraient un jour. Cela était sûr.
Le lendemain un centre de démobilisation était installé dans un bâtiment, route de Lyon. mais nous ne pouvions nous contenter de ce camouflet, et de suite allions prendre des dispositions qui nous permettraient d'avoir une revanche.
1942 - Ils nous avaient volé notre camp
(photo prise du 12 Avenue Félix Faure)
Dés le 28 au matin, le drapeau à croix gammée flottait sur le camp de Sathonay. Le gouvernement de Vichy nous avait fait connaître que l'armée d'armistice était démobilisée, et que nous étions mis en congé pour une année. En ville, pas de grands changements, et très peu de soldats allemands. Seul un blindé léger circulait le matin et le soir avec trois ou quatre hommes armés, mais non casqués.
Par la fenêtre de notre chambre j'observais ce qui se passait dans le camp. Il y avait une certaine animation. Ils s'installaient. De nombreux gardes armés faisaient les cent pas, toujours sur les mêmes trajets. Je voyais,très peu de véhicules militaires qui avaient dû être mis à l'abris la veille.
Dans une réunion secrète d'officiers et sous-officiers il fut décidé de tenter quelque chose. Mais quoi? Chacun y allait de son idée qui ne tenait pas devant des arguments négatifs. Et enfin, vint la bonne. On pourrait former des commandos de trois hommes qui pénétreraient dans le camp, puis entreraient dans l'armurerie et le magasin d'habillement afin de soustraire uniquement des pistolets ou revolvers, des munitions et des paires de chaussures, tout cela destiné aux maquis. L'endroit de pénétration fût accepté sans discussion. Il s'agirait d'escalader la clôture ouest qui si mes souvenirs sont exacts, faite de poteaux et de plaques de ciment. Tous lesndétails furent arrêtés et les contacts pris. Les bâtiments en question étaient les derniers à proximité de l'enceinte. Nous savions que l'opération était dangereuse car un garde armé surveillait ces deux bâtiments, faisant un parcours ininterrompu aller et retour d'une centaine de mètre environ. Il était armé d'une mitraillette. Il s'agissait de bien le situer et de se servir des masques des bâtiments pour nous déplacer.
Notre première expédition eut lieu le 29 en fin d'après midi. Il faisait un véritable temps d'automne. J'étais avec deux camarades. Notre présence dans le camp ne fût pas décelée, et c'est avec une grande fierté qu'avec un pistolet, des munitions dans les poches, et une paire de godasses nouées ensemble par leurs lacets autour du cou que nous repassions la clôture. Nous étions étonnés de la facilité avec laquelle l'opération s'était déroulée. Je dois me souvenir que de l'autre côté de l'enceinte, il y avait un léger talus, la route, puis un terrain désert en pente montante. C'est à deux cent mètres de cet endroit que nous remîmes notre prise.
Devant ce succès nous avons décidé de recommencer le lendemain. Notre gros avantage était de connaître parfaitement les lieux. Le plus difficile était toujours de bien situer le garde; de le laisser s'engager derrière un bâtiment et de jouer au chat et à la souris. Cette deuxième expédition réussi aussi bien que la première. Le butin devenait intéressant d'autant plus qu'un autre commando obtenait les mêmes résultats que nous. Comment ne pas être séduits par ces succès?
Pour la troisième fois, le lendemain nous escaladions la clôture du camp, et pénétrions dans les bâtiments. Mais ce jour là ne ressemblât pas aux autres. Alors que nous guettions le garde, il apparut, se dirigeant vers le haut du camp. Dans trois secondes il aurait disparu, nous laissant comme les autres jours le temps de franchir le mur. Cela ne se passa pas ainsi. Il fit presque tout de suite demi tour, et à cet instant, nous étions nous aussi entre les deux bâtiments. Surpris, il eut quand même un réaction très rapide. Il tira une rafale de mitraillette dans notre direction, sans nous toucher, mais qui immédiatement nous fit pousser des ailes. Au moment où nous escaladons le mur, une deuxième rafale nous accompagna. Si c'est toujours la même clôture aujourd'hui, on doit pouvoir retrouver les impacts des balles. L'alerte était donnée au camp, et des coups de feu éclataient partout. Ils tiraient sans savoir sur qui et pourquoi.
Pour être plus rapides, nous avons dû abandonner notre butin. En courant nous filions en direction des bois de Fontaines. Nous avons fait un long détour pour regagner Sathonay village. Puis nous nous sommes planqués une heure, et c'est à la nuit tombante que nous sommes rentrés individuellement chez nous.
Dois je dire que nous n'avons pas recommencé ? ... Cependant nos actions avaient été très positives. Une douzaine de pistolets ou revolvers, et autant de paires de godasses avaient pris le chemin du maquis, sans compter un nombre appréciable de munitions.
De la part des allemands, il n'y eut pas de suite. Sans doute se sont ils bien rendus compte qu'ils avaient été roulés, mais que, aussi ils n'avaient aucune chance de retrouver quoi que ce soit.
Les Allemands occupent le camp depuis novembre 1942
Ils en ont fait un camp d'entraînement de jeunes recrues.
La formation dure environ un mois avant qu'ils soient envoyés sur le front russe.
Avant leur départ, une prise d'arme a lieu.
Malgré la présence non négligeable de l'armée, Sathonay n'était pas un bourg très animé. Les militaires n'avaient pas un contact étroit avec la population et cela se comprend puisqu'ils habitaient tous dans des logements de fonction groupés. Mais nos rapports occasionnels étaient très cordiaux, et notre démobilisation en 1942 apporta une grande consternation dans cette population civile qui, soudain se trouva très près de nous.
Je ne me souviens pas s''il y avait un médecin à Sathonay, mais je sais que lorsque qu'un cas urgent se présentait, le médecin militaire intervenait. Par contre, il n'y avait pas de pharmacie, ce qui nous obligeait à aller chercher les médicaments à Lyon. Pas de sage-femme non plus. Il fallait aller la prévenir à Rilleux où elle habitait, car à cette époque les accouchements se faisaient à domicile.
Nous trouvions en principe tout le nécessaire sur place. Dans la rue qui conduisait à Sathonay Village, il y avait une boulangerie et une alimentation avec distribution de lait.
La mairie, la poste et un école maternelle je crois se trouvaient sue la place à proximité de nos bâtiments d'habitation.
Un cinéma toujours bien rempli occupait un immeuble à gauche sur la rue principale, en direction de Lyon.
L'église moins bien remplie, mais cependant bien fréquentée était toute proche.
Une fois par semaine, nous allions à Lyon, histoire de se promener. Pour cela nous prenions le train aux "Marronniers". Il nous emmenait jusqu'à la Croix Rousse où la "ficelle" nous descendait en ville.
Le dimanche c'était des longues promenades à pieds. Parfois nous prenions à Fontaines un petit train qui longeait la Saône et qui devait s'appeler le train bleu. Quand il faisait mauvais ou quand un film nous plaisait bnous allions au cinéma.


Le rationnement tait cependant un souci, bien qu'étant militaire. Nous n'avions pas de traitement de faveur, sinon pour la ration de cigarettes, qui était, il faut bien le dire une importante monnaie d'échange en campagne. Nous avions loué un jardin à Sathonay Village. Il nous occupait agréablement et en même temps nous rapportait des récoltes substantielles. Et puis j'ai eu la chance de retrouver la trace d'un camarade de régiment qui était cultivateur à Cousances en Saône et Loire. Je pouvais obtenir ce que je voulais chez lui, en beurre, oeufs, fromages, légumes secs. Mais faire deux cents kilomètres à bicyclette n'était pas une promenade de tout repos.
Les bâtiments à cette époque n'étaient pas équipés du chauffage central. Il n'y avait qu'une cuisinière pour tout l'appartement. Pas besoin de dire qu'en hiver la température n'était pas très élevée, d'autant plus que la ration de charbon ne se calculait pas en tonnes. Nous l'entreposions dans la cave, et allions le chercher par seau. Par contre les sous-officiers avaient l'autorisation d'élaguer les arbres du camp pour leur usage personnel. A cela nous pouvions ajouter le bénéfice de coupes de bois, rondin et charbonnette que nous faisions dans les environs de Rilleux. Mais nous n'avions aucune facilité pour les faire sécher, ce qui ne les rendait pas très généreux en calories.
Malgré touts ces difficultés, les mêmes pour tout le monde, nous n'étions pas foncièrement malheureux. Il y avait pire...
deux photos prises à Sathonay
1941

1943
